Sortir les poubelles

Au-delà des pesticides : Le bio en 6 points

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Salut tout le monde! Je me permets aujourd’hui de m’écarter légèrement de ma ligne éditoriale zéro déchet pour parler d’un sujet que mes études m’ont permis d’approfondir, j’ai nommé le bio. Car oui, les mercredis soirs, été comme automne, j’embarque sur mon vélo pour aller chercher mon panier bio en vrai hippie grano-chic que je suis.

Depuis que j’étudie en agronomie, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de réfléchir à ma position sur l’agriculture biologique. J’ai découvert que le débat autour du biologique se résume souvent à cette question : Est-ce que ça vaut la peine de manger biologique pour consommer moins de pesticides, ou non? Il existe des études scientifiques allant dans tous les sens sur la question des traces de pesticides sur les fruits et légumes, et c’est pour ça que certains diront que ça vaut la peine, d’autres non. Je trouve dommage que souvent le débat s’arrête là. On choisit de manger bio pour beaucoup d’autres raisons, et laissez-moi utiliser la petite expérience que j’ai acquise en agriculture pour vous expliquer les autres avantages du bio, en 6 points.

  1. La santé de nos sols et de notre environnement

Je crois sincèrement que la majorité des agriculteurs aimeraient que leur pratique soit le moins dommageable possible pour l’environnement. Malheureusement, la compétition avec les fruits et légumes californiens et mexicains bons marchés pousse les agriculteurs à utiliser les produits qui leur permettront d’avoir rapidement les meilleurs rendements possibles. Il y a aussi les consommateurs qui veulent des aliments parfaits parfaits, forçant les agriculteurs à appliquer doses de pesticides après doses de pesticides pour contrôler les ravageurs. L’agriculture biologique permet aux agriculteurs de se libérer du cercle vicieux des pesticides. Ce faisant, ils développent des techniques qui sont plus respectueuses de l’environnement. Ce n’est pas facile et ça demande du temps, des efforts et de la créativité et c’est génial parce que les consommateurs acceptent de payer une prime pour ces aliments.

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  1. Ramener l’agriculture ici

Encore une fois, c’est une question de valeurs. Plusieurs personnes pensent qu’il serait mieux de faire pousser notre nourriture en Chine et au Mexique, où les coûts de production sont moins élevés. Ces produits sont moins chers, et la facture d’épicerie des consommateurs serait moins élevée.

Personnellement, je pense que nous devrions avoir des fermes et de l’agriculture dans notre pays, même si ça coûte plus cher aux consommateurs et aux contribuables qu’importer notre nourriture. Parce que les agriculteurs s’occupent bien de nos terres, parce que notre histoire agricole fait partie de notre histoire et parce que nos régions agricoles méritent d’être gardées vivantes. Est-ce que manger local coûte plus cher? Oui, parce que les travailleurs agricoles sont payés au salaire minimum, qu’ils ont des congés et de l’assurance-maladie et parce que nos réglementations environnementales sont parmi les plus exigeantes au monde. Puisqu’il y a engouement pour le bio et que beaucoup de jeunes aspirent à retourner en région pour partir des fermes bios, une des façons de ramener l’agriculture ici c’est d’acheter local et bio.

  1. Le retour à un mode de vie plus sain pour les agriculteurs

Je pense que les agriculteurs, qui travaillent très fort, devraient bien vivre de leur métier. Dans les faits, les agriculteurs vivent souvent des vies stressantes avec d’importantes pressions financières. Ils sont à la merci des conditions climatiques et des prix du marché. D’ailleurs, on s’en rend compte quand on voit que souvent la relève agricole n’est pas au rendez-vous (on est pas mal tous d’accord que c’est une vie qui semble beaucoup plus difficile et exigeante qu’une vie de bureau de 9 à 5). Avec l’agriculture bio, c’est différent. Il y a une discussion entre les consommateurs et les producteurs. Le producteur explique ce que ça lui coûte de produire ses aliments. Le consommateur lui répond qu’il veut payer un prix raisonnable, mais qu’il est prêt à payer une prime pour des bons produits. Et c’est au fil de cette conversation que le prix est fixé. Ce n’est pas la bourse, ni le prix des engrais chimiques, ni le prix du pétrole, ni la valeur en bourse des compagnies agrochimiques qui dictent le prix. La vraie indépendance, c’est ça.

  1. La santé de nos agriculteurs

Bien que les pesticides ne soient pas dangereusement présents sur nos fruits et nos légumes lorsque nous les achetons, ils sont tout de même présents dans l’air et l’eau dans nos régions agricoles. Les agriculteurs qui appliquent les pesticides y sont exposés, malgré les précautions qu’ils prennent. Les fertilisants et les pesticides s’infiltrent dans les sols et les nappes phréatiques, si bien que les sources d’eau potables de nos belles campagnes sont souvent contaminées. Ceux qui en souffrent, ou disons ceux qui risquent d’en souffrir, sont les mêmes qui travaillent si forts à nous nourrir. C’est pas juste ça, non?!

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  1. Le début d’une réflexion

Les aliments ne sont pas un bien de consommation comme les autres. On peut vivre sans meuble, sans linge, sans électronique mais on ne peut pas vivre plus de trois jours sans nourriture. Ce n’est pas normal de chercher à payer le moins cher possible pour sa nourriture. Ce n’est pas normal de faire son épicerie à la même place où on achète des télés et des meubles. Il y a des gens et des compagnies qui travaillent très fort pour nous faire oublier que derrière chaque fruit et chaque légume il y a un sol, une source d’eau et des gens. Je pense qu’on ne peut pas les laisser nous faire oublier tout le travail nécessaire à faire pousser de la bonne nourriture. Lorsqu’on leur laisse ce pouvoir, on devient déconnecté et on leur laisse le contrôle de nos terres et de notre santé.

J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille où il n’y a jamais eu de compromis sur la qualité de la nourriture. En vieillissant, j’ai réalisé que trop de personnes consomment de la nourriture comme des produits, en cherchant à payer le moins cher possible. Payer le moins cher possible pour de la nourriture, vraiment? Quand est-ce que c’est devenu une valeur collective ça!?

  1. Les légumes biologiques sont à peu près un million de fois meilleurs au goût que les légumes du Cotsco

Sans blague. La perspective d’une salade pour souper ne vous excite pas plus qu’il faut, ou vous avez de la difficulté à faire manger des légumes à vos enfants? Demandez-vous si c’est peut-être parce qu’objectivement, vos légumes goûtent fades. Ou l’eau, ou amer, ou le contenu du sac de la tondeuse. Je pense qu’honnêtement, on aurait moins de problèmes de santé et de poids si nos légumes goûtaient toujours aussi bons que les légumes de notre jardin.

Dans un monde où bien souvent on se sent impuissant face à la dégradation des milieux naturels et autres drames écologiques, savoir que je vis davantage enlignée sur mes valeurs en achetant mon panier bio m’amène un bonheur énorme. Je vous préviens par contre : si vous commencez à manger des légumes frais et bios, vous risquez d’avoir de la misère à retourner aux légumes moches pas mûrs du Mexique. Vous aurez été prévenus.

Bonne journée tout le monde,

Charlotte xxxx

P.S. Le site Web d’Équiterre te permettra de trouver un fermier bio qui livre près de chez toi 😉