Sortir les poubelles

Comment expliquer ses choix et réagir face aux commentaires des gens

Sortir les poubelles

Récemment, l’une de vous m’a demandé dans un très gentil courriel comment les gens autour de moi me perçoivent et réagissent à mon mode de vie. Par le fait même, elle me demandait comment je gérais certains problèmes, comment je répondais aux interrogations, etc. Bref, comment je gérais certaines situations inévitables qui se produisent lorsqu’on est zéro déchet, ou lorsqu’en général on fait attention à l’environnement. Ce sont des questions vraiment importantes, pertinentes et pas faciles, quel que soit son niveau d’engagement environnemental. Et je vous donne aujourd’hui ma vision des choses et mes trucs, en espérant que cela puisse vous guider un peu, ou au moins vous faire rire!

Il existe quatre grands types de personnes selon moi par rapport auxquels il faut adopter des attitudes différentes lorsqu’on jase d’environnement. Le premier type de personnes regroupe les gens pas intéressés par les enjeux environnementaux. Niet zéro. Cela va au-delà de ce qu’ils savent ou ne savent pas; ça ne les intéresse pas. Je parle des personnes qui perçoivent tes efforts pour l’environnement comme « mignons ». Par exemple, je me rappelle de plusieurs fois à mon ancien travail, alors que j’essayais de me faire acheminer des documents par courriel plutôt que de les imprimer, d’avoir reçu en réponses des petits sourires qui voulaient dire quelque chose comme : « Ah t’es cute, tu fais attention à l’environnement. » Yark. Je me suis même fait dire une fois « T’es tellement verte toi. » Verte!? Je suis verte!??? Je suis verte parce que je ne veux pas que l’imprimante me crache un arbre pendant une demi-heure alors que j’aurais juste pu lire le document sur l’ordinateur? Le gros bon sens, c’est vert apparemment. En tout cas, à part engendrer une certaine frustration, habituellement ce ne sont pas ces personnes qui posent des questions ou passent des commentaires. Tes histoires ne les intéressent pas assez. On passe au suivant.

Le second type de personnes dont je veux vous parler est différent : ce sont les personnes que tu gosses. Tes principes et idéaux les dérangent et les irritent. Ils veulent que tu le prennes le sac en plastique ou t’imprimer leur document en paix et passer à autre chose. Ce sont ceux qui pensent faire déjà AMPLEMENT leur part en recyclant et en amenant leurs sacs à l’épicerie. Alors quand tu sors ta tasse ou que tu leur dis que quelque chose n’est pas la chose la plus écologique à faire, tu leur dis en fait que l’enjeu va au-delà de leur bac de recyclage… Et ils n’aiment pas ça. Ils réagissent alors dans le passif-agressif soit en s’obstinant, soit en te méprisant, soit en se défendant ou soit en t’accusant d’avoir toi aussi certains comportements pas écologiques. Des champions du monde quoi. C’est le genre de personnes qui sont déstabilisantes (et démoralisantes) et personnellement, je ne m’investis pas beaucoup dans le dialogue avec eux. Au contraire, je m’en éloigne parce que s’ils ne sont pas réellement ouverts à la discussion, rien de constructif ne ressortira de mes échanges avec eux.

Puis, il existe deux autres catégories de personnes qui sont beaucoup plus intéressantes et avec lesquelles l’environnementaliste en toi peut avoir des interactions plus enrichissantes. Ce sont les gens réceptifs mais qui ne connaissent pas bien les enjeux, et les gens qui veulent/pensent bien faire, mais qui font parfois ça tout croche. Remarquez la différence avec les deux premières catégories de personnes; elles sont minimalement ouvertes et intéressées. Avec ces dernières, tu peux avoir une conversation et expliquer tes démarches. Il faut alors être ouvert d’esprit et patient et souvent on peut être agréablement surpris.

Maintenant, est-ce que tu dois investir du temps et de l’énergie pour sensibiliser ces personnes aux enjeux environnementaux? Non. Ce n’est pas parce que tu as réalisé certaines choses que tu es maintenant investi de la mission de sensibiliser tout le monde. Tu peux le faire, mais tu n’as PAS à éduquer les gens. Ce ne serait pas juste de t’imposer ce fardeau. Les seules personnes que tu as l’obligation de sensibiliser sont les personnes qui n’ont pas accès aux mêmes informations que toi ou aux nouvelles ou à Internet, c’est-à-dire personne. J’ai moi-même vécu l’expérience de me sentir investie d’une « mission » lorsque j’ai commencé à prendre position pour l’environnement. J’ai réalisé tout d’un coup qu’on s’attendait de moi à cause de mes positions que j’aie (pas mal) toutes les réponses, en plus d’avoir une patience infinie à la mère Theresa face aux gens et à leur manque de conscience environnementale. Que je sois prête à expliquer et réexpliquer et bref que je transmette la bonne nouvelle maintenant que je l’avais comprise. Allo la pression. C’était très frustrant et j’ai réalisé que c’était trop lourd de porter le poids « d’éduquer » tout le monde sur mes épaules. Alors j’ai décidé de lâcher prise et d’accepter mes limites, comme celles des autres. Maintenant, je discute d’environnement et d’habitudes de vie avec les gens seulement s’ils sont ouverts et si c’est agréable (comme sur le blogue!). Sinon, je me sens très à l’aise de dire que je n’ai pas toutes les réponses et que je me fous pas mal de leurs raisons pour avoir acheté tel ou tel item emballé dans du styrofoam à l’épicerie parce que c’était en vente et parce qu’ils en avaient vraiment besoin et parce que bla bla bla… Je vis ma vie et fais mes choix sans porter le poids des actions de tout le monde sur mes épaules, et je vous encourage fortement à en faire autant!

Tout ça pour dire que je vous comprends. Je comprends vos malaises, je comprends vos dilemmes et vos petits combats au quotidien. Il est long le chemin de l’environnementaliste, et il n’y en aura pas de facile. Alors laissez-moi conclure en vous donnant mes trucs :

  1. Bien comprendre son interlocuteur : lorsqu’on se fait questionner ou avant d’intervenir pour suggérer une idée plus écologique, je vous conseille de prendre le temps de bien saisir votre interlocuteur et ses intentions. Essaie-t-il de vous provoquer ou est-il intéressé? Prendre quelques secondes pour se poser cette question peut faire toute la différence. Si vous concluez qu’il y a peu de chances que votre réponse change quoi que ce soit, peut-être alors vaut-il mieux éviter de s’embarquer dans des explications ou dans une situation potentiellement conflictuelle qui vous fâcherait et vous trotterait dans la tête toute la journée. Il faut choisir ses combats.
  1. Comprendre (et accepter) ses limites : c’est correct si tu as pris ta voiture parce qu’il faisait froid et noir, si tu mélanges tes numéros pour le recyclage du plastique ou que tu ne veux pas composter les excréments de ton chien. Ça se peut. Ce n’est pas la preuve que tu es un faux environnementaliste ou pire, un hypocrite. C’est la preuve que tu es un humain et qu’il y a toujours de la place à l’amélioration. Alors si on te reproche certaines choses, réponds que tu es bien conscient de tes lacunes, que tu cherches toujours à t’améliorer et que tu fais beaucoup d’autres choses.
  1. Ne pas se prendre trop au sérieux! Je pense que c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner! Ne pas se prendre trop au sérieux est non seulement bon pour passer des messages, mais également essentiel pour rester sain d’esprit. Tu as indiqué à quelqu’un ou étaient les ustensiles réutilisables, mais il a pris les ustensiles en plastique? C’est la vie! Pas besoin de le maudire dans ta tête, de te dire qu’il n’est plus ton ami ou de penser aux baleines qui mangent du plastique dans l’océan. Vivre, laisser vivre et lâcher prise.
  1. S’entourer et partager : s’entourer de gens comme soi pour se motiver, partager sur des plateformes ses opinions pour s’encourager ou lire des articles comme celui-ci pour ne pas se sentir seul dans ses démarches! S’entourer et s’encourager mutuellement, c’est essentiel!

Voilà! N’hésitez pas à m’écrire si vous voulez des encouragements, je vous les donnerai GRATOS ou à partager vos histoires dans les commentaires ou sur ma page Facebook. Et surtout n’oubliez pas que vous êtes vraiment très chouettes d’essayer de faire votre part et que je vous aime.

Bonne fin de semaine tout le monde xxxxx


L’hiver s’en viiiient

Sortir les poubelles

Bon je ne veux pas être oiseau de mauvais augure, mais je pense que l’hiver s’en vient. Il pleut, j’ai froid aux pieds et j’ai à peine le temps de me réveiller qu’il fait déjà noir. Je pense qu’on va collectivement devoir s’y faire; l’hiver va revenir encore cette année.

J’ai commencé à me demander comment on se prépare pour l’hiver quand on est zéro déchet, c’est-à-dire comment on s’habitue à ne plus avoir accès à de beaux produits frais pas emballés. J’ai commencé à faire mes petites recherches pour apprendre à conserver des aliments frais auxquels j’ai accès en ce moment. Et j’ai expérimenté avec les techniques du cannage, du séchage et de la congélation. Voici ce que j’en pense.

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Bon tout d’abord j’ai appris à canner. J’ai canné l’aliment le plus facile à canner, soit de belles tomates d’octobre pas chères au marché. Pour canner, il faut des pots Masson, une grosse casserole d’eau, des pinces, un ou une ami(e) efficace et débrouillard(e) et du temps, beaucoup de temps. Le processus de cannage en lui-même est très long, mais pas autant que le ménage qui s’ensuit. Ta cuisine va être en bordel total après et c’est inévitable. Oh et les chances de te brûler avec quelque chose sont d’à peu près 100%. Mais quand tu commences à entendre tes pots se sceller et à te dire que tu vas te taper dans le dos tout l’hiver quand tu vas les utiliser, tu te dis que ça valait la peine. Donc cet hiver, je vais pouvoir manger des tomates « fraiches » sans devoir les acheter en conserve.

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Dans mon élan de motivation en vue de faire des réserves pour l’hiver, j’ai également déshydraté des aliments. Je rêvais secrètement de m’acheter un déshydrateur depuis le moment où j’ai découvert le crudivorisme et le restaurant Crudessence. Heureusement pour mon portefeuille et mon espace de rangement, mon allégeance au mode de vie minimaliste m’a toujours retenue de faire cet achat. Cet automne, j’en ai loué un pendant une semaine d’un particulier qui louait son excellente machine sur Kijiji. Et là j’ai commencé à déshydrater. J’avais des idées de grandeur (je voulais TOUT déshydrater), mais je suis rapidement redescendue de mon nuage parce que chaque aliment que je déshydratais prenait un temps fou! Les instructions disaient peut-être que ça prenait 6-8 heures, mais souvent je déshydratais pendant 14-16h à la fois! C’était beaucoup trop long avec une machine énergivore et bruyante. Finalement, j’ai pas mal juste déshydraté des tomates (encore des tomates) et des canneberges. Je le referai peut-être l’an prochain, mais je suis contente de ne pas m’en être acheté un.

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J’ai aussi fait usage de la bonne vieille technique de congélation et j’ai congelé certains fruits d’automne comme des poires. Je les ai coupées et étendues sur une plaque au congélateur, puis je les ai emballées et maintenant j’ai des fruits pour mes smoothies pour une bonne partie de l’hiver.

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Finalement, je me suis abonnée à des paniers biologiques d’hiver à travers l’organisme Équiterre hourra! À partir du 20 octobre, je vais pouvoir aller chercher aux deux semaines mon panier de produits locaux sans plastique ni emballage. Oui, je vais sûrement manger énoooormément de navets et de courges, mais vous savez quoi, si c’est ce qui se conserve bien ici durant l’hiver, c’est ça que nous devrions manger. J’ai vraiment hâte 🙂

Bon maintenant je m’en vais m’emmitoufler dans une doudou devant Netflix avec du thé. Bon week-end tout le monde xxxx


Le livre The Garbage Project et l’histoire du guacamole de 25 ans

Sortir les poubelles

Dernièrement, j’ai lu un livre fascinant qui mérite bien un petit billet : Rubbish! The Garbage Project. Oui, un livre sur les poubelles. Il y a quelques mois, une de mes connaissances avait publié sur Facebook un article qui racontait les recherches d’un groupe d’archéologues modernes qui étudiaient le contenu de nos vidanges. Parmi leurs trouvailles, ils avaient trouvé et réussi à identifier du guacamole âgé de 25 ans. 25 ans!!! Je devais absolument trouver le livre dont l’article faisait mention et me pencher sur le mystère du guacamole non décomposé.

Le livre raconte l’histoire d’une équipe d’anthropologues et d’archéologues qui ont trié et étudié des poubelles aux États-Unis pendant plus de 20 ans pour mieux comprendre cette société. Leur champ d’études? La rudologie, une vraie de vraie science, avec ses lettres de noblesse et tout. Armés de pinces et de gants, ils ouvrent les poubelles et descendent dans les montagnes de déchets pour prendre des échantillons avec des « carottes » comme celles utilisées pour prendre des échantillons de glace en Arctique. Ils fouillent dans des trucs dégueux et sentent constamment la poubelle.

Avec leurs recherches, ils mettent fin au mythe suivant : les matières organiques se décomposent dans les dépotoirs. Non, parce que pour que la décomposition ait lieu, les micro-organismes ont besoin d’oxygène pour travailler. Dans les dépotoirs, compactées et asphyxiées sous les couches de plastique et autres matériaux, vos pelures de patate se momifieront plutôt que se décomposer. L’air ne circule pas, donc les micro-organismes ne peuvent pas décomposer nos restes de table. Il y a certes un peu de décomposition anaérobique (sans oxygène) qui s’opère, mais cette dernière est incroyablement lente. La preuve que les matières organiques ne se décomposent pas ou pas bien dans nos dépotoirs géants est ce guacamole vieux de 25 ans. Qu’ont-ils trouvé d’autre de « compostables »? Des hot-dogs vieux de 40 ans (les préservatifs aident, j’imagine), une tête de laitue vieille de 25 ans qui avait l’air de celles qu’on oublie dans le frigo, un T-bone vieux de 16 ans, etc.

Et comment ont-ils daté toutes ces belles choses? Grâce à des journaux et des factures datant d’aussi loin que 1952, retrouvés tout près et encore parfaitement lisibles… Là c’est le moment où j’insère subtilement un lien vers mes articles sur le compostage et le vermicompostage. Composter est la façon de s’assurer que nos restes de table se décomposent pour refaire des ressources, plutôt que de se perdre.

Mais le but premier de leurs recherches n’était pas d’établir que du guacamole de 25 ans, ça existe; c’était de comprendre certaines choses sur cette société et la vie des gens. En fait, c’est que nos poubelles ne mentent pas sur nos habitudes de consommation et racontent des histoires que nous ne voulons pas nécessairement raconter. Par exemple, leurs fouilles ont montré que les gens disent consommer systématiquement moins d’alcool qu’ils en consomment réellement. Et de sacs de chips, par le fait même. Qu’est-ce que nos poubelles racontent sur notre consommation de drogues, de « junk food », d’antidépresseurs, de médicaments et de pilules? Ce ne sont pas mes exemples, mais ceux du livre. Je ne suis pas en train de dire que ces choses sont mauvaises, mais elles relèvent l’existence de certains problèmes profonds dans nos sociétés. Nos poubelles donnent des informations qu’aucun sondage ne révélera réellement.

Et quelles furent leurs conclusions, après plus de 20 ans à fouiller dans nos poubelles? Pour commencer, que nous en produisons BEAUCOUP trop et qu’il faut absolument repenser notre société d’obsolescence programmée avant d’avoir besoin d’un autre continent pour mettre nos déchets. Aussi, ils suggèrent de facturer les gens en fonction de la quantité de déchets qu’ils produisent. Plus tu jettes, plus tu paies. Intéressant, surtout que c’est une approche que plusieurs villes dans le monde ont déjà adoptée. À San Francisco, par exemple, les habitants paient pour qu’on ramasse leurs sacs de poubelles, de compost et de recyclage. Le ramassage du sac de poubelles est beaucoup plus dispendieux que celui du compost et du recyclage. Les gens sont ainsi encouragés à recycler et composter au lieu de simplement jeter, et des employés passent régulièrement dans les quartiers résidentiels pour donner des avis et des amendes à ceux qui compostent ou recyclent mal. Il y a aussi de grands efforts de sensibilisation à travers la ville, si bien que le système fonctionne très bien et qu’il est rentable. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire ceci ou ceci !

Je terminerai en disant que les trouvailles les plus importantes ou les plus intrigantes de l’équipe de recherche devaient se retrouver dans un musée consacré à l’étude des poubelles. Mais la vie en aura décidé autrement, car quelqu’un aurait malencontreusement jeté les sacs contenant tous ces biens… aux poubelles. Ironique vous dîtes?

Bonne journée tout le monde xxxxxx


Visite d’une usine de production et de recyclage de plastique

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http://www.polyform.com/nouvelles-en-details/detail/2015-07-06/recyclage-du-polystyrene-expanse-un-nouveau-point-de-collecte-chez-polyform

Un des effets collatéraux de mon défi et de mon blogue, c’est de rencontrer des gens intéressants et de vivre des expériences qui sortent de l’ordinaire. Comme donner une conférence, passer à la radio ou visiter une usine de recyclage et de production de plastique.

Alors qu’est-ce que je faisais par un beau vendredi matin ensoleillé sur la 10 en direction de Granby? Eh bien, figurez-vous donc que suite à mon article sur « Juillet sans plastique » et mes quelques articles subséquents sur le plastique, Philip, responsable marketing chez Polyform, m’avait invitée à venir visiter leurs installations de production et recyclage de plastique. J’étais sceptique et quelque peu réticente au début je l’avoue, ne comprenant pas trop pourquoi on m’offrait une telle opportunité. Après quelques échanges de courriels et quelques recherches Google, nous avons fixé une date. J’ai laissé mes appréhensions de côté et je me suis dit YOLO pourquoi pas c’est objectivement une opportunité géniale d’y comprendre quelque chose.

Et quelle bonne idée ce fut. Ça n’a pas changé mon opinion du plastique comme substance toxique et nocive pour l’environnement. Je pense toujours qu’au quotidien nous devons éviter le plastique au maximum parce qu’éviter de produire (et gaspiller) les ressources est TOUJOURS l’option à préconiser. Mais cette visite a mis plusieurs choses en perspective.

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Vous connaissez peut-être l’entreprise Polyform si votre municipalité ou votre écocentre fait la cueillette du plastique numéro 6 (le polystyrène). Le plastique numéro 6 n’est pas ramassé lors de la collecte hebdomadaire de recyclage, mais est recyclable. Cette entreprise, en plus de produire ce genre de plastique, est équipée pour le recycler. Ce partenariat avec les écocentres et certaines municipalités existe depuis quelques années déjà et les gens sont encouragés à déposer dans des bacs leurs articles de « styrofoam », traditionnellement les gobelets de café, les barquettes à l’épicerie et les emballages de protection.

Si le polystyrène est recyclable, pourquoi n’est-il pas recyclé? La réponse est simple : parce qu’un article de polystyrène est constitué de 98% d’air et seulement 2% de matière. C’est donc dire qu’il faut en avoir et en avoir du polystyrène pour avoir de la matière. Ainsi, le transport et la collecte ne sont pas rentables et très peu le font, sauf certains comme Polyform. Et pourquoi eux le font-ils, même si selon leurs propres dires ce n’est pas rentable comme opération? Parce que cela fait partie de la culture de leur entreprise d’essayer de limiter la pollution ultérieure que l’utilisation de leur produit peut engendrer. D’ailleurs, un rapide coup d’œil à leur fiche de prix et mentions montre que le souci de l’environnement est un sujet qui leur tient à cœur. Juste l’année dernière, ils ont recyclé 5 000 000 kg de plastique de tout genre.

Lors de ma visite, j’ai vu des installations assez spectaculaires, des machines énormes et bruyantes et des blocs de polystyrène monstrueux. J’en ai aussi appris sur la complexité du recyclage du plastique. Par exemple, j’ai appris que dans une simple bouteille de coke, il y a trois différentes sortes de plastique: une pour le bouchon, une pour la bouteille et une pour l’étiquette. C’est pour cette raison que le recyclage est un casse-tête : parce qu’il existe beaucoup de sortes et de qualités différentes de plastique. Il y a aussi le problème du décyclage du plastique, dont je parlais dans mon article sur le recyclage. En gros, recycler le plastique revient en fait à le décycler. Décycler veut dire que lorsqu’on trie tous les items de plastique provenant des collectes et qu’on les refond ensemble, le plastique résultant sera de moins bonne qualité, moins « pur ». Sa valeur sur le marché est fortement réduite. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à retourner lire mon article.

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Mais revenons à cette perspective gagnée dont je vous ai parlé plus haut. C’est facile lorsqu’on embarque dans un défi comme le mien de perdre de vue une perspective globale de l’enjeu de la production des déchets en se concentrant uniquement sur le je-me-moi. Je ne fais plus de déchets et je transporte ma tasse réutilisable. Je ne suis pas responsable de la pollution des autres et on ne peut plus me blâmer. C’est facile de tomber dans ce piège et de devenir déconnecté de la réalité. Dans les faits, mon magasinage en vrac a bien peu d’impact si on pense à toutes les compagnies qui consomment et polluent comme si on avait mille planètes terre. Je pense qu’il faut travailler au niveau de l’individu et de la conscientisation bien sûr, mais également avec les compagnies pour s’attaquer réellement au problème. Pendant que j’ai peut-être réutilisé 2 gobelets de styrofoam dans la dernière année, Polyform a recyclé 5 000 000 kg de plastique l’année dernière. On n’est pas dans le même ordre de grandeur ici. Donc le problème n’est pas l’industrie du plastique : le problème c’est que le plastique est trop répandu et mal recyclé. Pointer du doigt qui que ce soit n’est pas productif, parce que le doigt reviendra inévitablement pointer sur… soi.

Y a-t-il moyen de changer les choses et les moyens de production à l’interne pour que la production soit plus durable? Je dois dire que sur ce point, cette entreprise m’a vraiment impressionnée. Et surtout, je suis contente que cette visite m’ait rappelé que derrière toutes les compagnies et toutes les industries, il y a des gens. Et la très grande majorité de ces gens sont comme vous et moi et ne passent pas leur temps à chercher activement des moyens de détruire le monde. Est-ce que les gens que j’ai rencontrés chez Polyform veulent que nous consommions du plastique partout et tout le temps? Non, ils pensent comme moi que le plastique devrait être utilisé où il nous sert vraiment, soit lorsque nous avons besoin d’un matériel solide, souple et somme toute révolutionnaire. Pas dans les océans et pas partout dans nos vies, dans nos magasins et dans nos frigos. C’est donc dire que je suis contente d’avoir eu l’opportunité d’avoir un petit aperçu de cette industrie. Merci!

Bonne journée tout le monde xxxx