Sortir les poubelles

Visite d’une usine de production et de recyclage de plastique

Sortir les poubelles

http://www.polyform.com/nouvelles-en-details/detail/2015-07-06/recyclage-du-polystyrene-expanse-un-nouveau-point-de-collecte-chez-polyform

Un des effets collatéraux de mon défi et de mon blogue, c’est de rencontrer des gens intéressants et de vivre des expériences qui sortent de l’ordinaire. Comme donner une conférence, passer à la radio ou visiter une usine de recyclage et de production de plastique.

Alors qu’est-ce que je faisais par un beau vendredi matin ensoleillé sur la 10 en direction de Granby? Eh bien, figurez-vous donc que suite à mon article sur « Juillet sans plastique » et mes quelques articles subséquents sur le plastique, Philip, responsable marketing chez Polyform, m’avait invitée à venir visiter leurs installations de production et recyclage de plastique. J’étais sceptique et quelque peu réticente au début je l’avoue, ne comprenant pas trop pourquoi on m’offrait une telle opportunité. Après quelques échanges de courriels et quelques recherches Google, nous avons fixé une date. J’ai laissé mes appréhensions de côté et je me suis dit YOLO pourquoi pas c’est objectivement une opportunité géniale d’y comprendre quelque chose.

Et quelle bonne idée ce fut. Ça n’a pas changé mon opinion du plastique comme substance toxique et nocive pour l’environnement. Je pense toujours qu’au quotidien nous devons éviter le plastique au maximum parce qu’éviter de produire (et gaspiller) les ressources est TOUJOURS l’option à préconiser. Mais cette visite a mis plusieurs choses en perspective.

Sortir les poubelles

Vous connaissez peut-être l’entreprise Polyform si votre municipalité ou votre écocentre fait la cueillette du plastique numéro 6 (le polystyrène). Le plastique numéro 6 n’est pas ramassé lors de la collecte hebdomadaire de recyclage, mais est recyclable. Cette entreprise, en plus de produire ce genre de plastique, est équipée pour le recycler. Ce partenariat avec les écocentres et certaines municipalités existe depuis quelques années déjà et les gens sont encouragés à déposer dans des bacs leurs articles de « styrofoam », traditionnellement les gobelets de café, les barquettes à l’épicerie et les emballages de protection.

Si le polystyrène est recyclable, pourquoi n’est-il pas recyclé? La réponse est simple : parce qu’un article de polystyrène est constitué de 98% d’air et seulement 2% de matière. C’est donc dire qu’il faut en avoir et en avoir du polystyrène pour avoir de la matière. Ainsi, le transport et la collecte ne sont pas rentables et très peu le font, sauf certains comme Polyform. Et pourquoi eux le font-ils, même si selon leurs propres dires ce n’est pas rentable comme opération? Parce que cela fait partie de la culture de leur entreprise d’essayer de limiter la pollution ultérieure que l’utilisation de leur produit peut engendrer. D’ailleurs, un rapide coup d’œil à leur fiche de prix et mentions montre que le souci de l’environnement est un sujet qui leur tient à cœur. Juste l’année dernière, ils ont recyclé 5 000 000 kg de plastique de tout genre.

Lors de ma visite, j’ai vu des installations assez spectaculaires, des machines énormes et bruyantes et des blocs de polystyrène monstrueux. J’en ai aussi appris sur la complexité du recyclage du plastique. Par exemple, j’ai appris que dans une simple bouteille de coke, il y a trois différentes sortes de plastique: une pour le bouchon, une pour la bouteille et une pour l’étiquette. C’est pour cette raison que le recyclage est un casse-tête : parce qu’il existe beaucoup de sortes et de qualités différentes de plastique. Il y a aussi le problème du décyclage du plastique, dont je parlais dans mon article sur le recyclage. En gros, recycler le plastique revient en fait à le décycler. Décycler veut dire que lorsqu’on trie tous les items de plastique provenant des collectes et qu’on les refond ensemble, le plastique résultant sera de moins bonne qualité, moins « pur ». Sa valeur sur le marché est fortement réduite. Si ça vous intéresse, n’hésitez pas à retourner lire mon article.

Sortir les poubelles

Mais revenons à cette perspective gagnée dont je vous ai parlé plus haut. C’est facile lorsqu’on embarque dans un défi comme le mien de perdre de vue une perspective globale de l’enjeu de la production des déchets en se concentrant uniquement sur le je-me-moi. Je ne fais plus de déchets et je transporte ma tasse réutilisable. Je ne suis pas responsable de la pollution des autres et on ne peut plus me blâmer. C’est facile de tomber dans ce piège et de devenir déconnecté de la réalité. Dans les faits, mon magasinage en vrac a bien peu d’impact si on pense à toutes les compagnies qui consomment et polluent comme si on avait mille planètes terre. Je pense qu’il faut travailler au niveau de l’individu et de la conscientisation bien sûr, mais également avec les compagnies pour s’attaquer réellement au problème. Pendant que j’ai peut-être réutilisé 2 gobelets de styrofoam dans la dernière année, Polyform a recyclé 5 000 000 kg de plastique l’année dernière. On n’est pas dans le même ordre de grandeur ici. Donc le problème n’est pas l’industrie du plastique : le problème c’est que le plastique est trop répandu et mal recyclé. Pointer du doigt qui que ce soit n’est pas productif, parce que le doigt reviendra inévitablement pointer sur… soi.

Y a-t-il moyen de changer les choses et les moyens de production à l’interne pour que la production soit plus durable? Je dois dire que sur ce point, cette entreprise m’a vraiment impressionnée. Et surtout, je suis contente que cette visite m’ait rappelé que derrière toutes les compagnies et toutes les industries, il y a des gens. Et la très grande majorité de ces gens sont comme vous et moi et ne passent pas leur temps à chercher activement des moyens de détruire le monde. Est-ce que les gens que j’ai rencontrés chez Polyform veulent que nous consommions du plastique partout et tout le temps? Non, ils pensent comme moi que le plastique devrait être utilisé où il nous sert vraiment, soit lorsque nous avons besoin d’un matériel solide, souple et somme toute révolutionnaire. Pas dans les océans et pas partout dans nos vies, dans nos magasins et dans nos frigos. C’est donc dire que je suis contente d’avoir eu l’opportunité d’avoir un petit aperçu de cette industrie. Merci!

Bonne journée tout le monde xxxx


Recyclage 101 : On clarifie les choses

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Une des choses que j’apprécie le plus de mon défi à date, ce sont les questions que les gens me posent. On me questionne souvent par rapport au recyclage qui, bien qu’extrêmement répandu, demeure mystérieusement compliqué. Beaucoup de personnes recyclent, mais recycle-t-on bien? La question a son importance, car j’ai l’impression que depuis son entrée dans les foyers québécois, le bac de recyclage est devenu un peu un fourre-tout, une seconde poubelle. Si on hésite entre mettre un objet à la poubelle ou au bac de recyclage, beaucoup de personnes choisiront le bac de recyclage, en laissant le soin aux gens du centre de triage de déterminer s’ils avaient raison ou pas. Le problème, c’est que c’est justement ça qui rend le travail au centre de tri impossible et coûteux et qui fait en sorte qu’énormément d’objets inqualifiables finissent au dépotoir, mélangés à d’autres objets qui auraient dû être recyclés. C’est donc inutile d’alléger sa conscience en enfouissant tout dans le recyclage. Ce qu’il faut faire, c’est apprendre à bien recycler et ne plus consommer ce qui ne se recycle pas. Et c’est là qu’on commence à clarifier les choses.

Mettons tout d’abord quelques éléments au clair : oui, il faut rincer ses contenants. Non, on n’a pas à enlever les étiquettes. Oui, il faut séparer les différents types d’emballage d’un même produit avant de les recycler, comme les sacs de plastique à l’intérieur des boîtes de céréales. Et finalement, oui les bouchons de plastique et de métal se recyclent, mais il faut les séparer de leur contenant initial s’ils ne sont pas faits du même matériel.

Le plastique et les sacs à sacs

Les contenants de plastique sont tous identifiés avec un numéro, et tous les numéros sauf le 6 vont au recyclage. Qu’est-ce qui est inclus dans ce mystérieux numéro 6 ? Les barquettes de champignons, les contenants noirs avec un couvercle transparent des pâtisseries, les contenants et emballages en styromousse et les contenants de yogourt emballés individuellement. Si on ne peut pas éviter de les acheter, ce qui serait vraiment l’idéal, on peut les regrouper et aller les porter directement à l’Écocentre de l’arrondissement LaSalle à Montréal, qui les collecte depuis peu (hourra!). Cliquez ici pour plus d’information!

Les sacs en plastique, les sacs à pain, les sacs à produits alimentaires (propres et sans gras) et les pellicules d’emballage épaisses (comme celles autour du papier de toilette) sont recyclables. Il faut par contre les regrouper dans un sac à sacs et nouer le sac avant de le déposer dans le bac. Seuls, ces morceaux de plastique risquent de ne pas être recyclés, ou pire encore ils risquent de rester pris dans les grappes de tri au centre de tri et nuire à tout le processus du recyclage!

Ce qui n’est habituellement pas recyclé, ce sont les pellicules de plastique minces dites souples, comme les pellicules extensives des fruits et légumes, des emballages de pâtés, de fromage et de viande. Bien que chaque centre de tri tiennent compte de ces particularités, on essaie en général de les éviter.

Le carton

On sait que le papier est recyclable, mais on regroupera les feuilles ensemble pour faciliter le triage et s’assurer qu’elles soient bien recyclées. Pour ce qui est du carton, on défait les emballages pour réduire l’espace qu’ils occupent.

L’aluminium et le verre

Les conserves, le papier d’aluminium, les bocaux en verre et leurs dérivés se recyclent. Il faut les rincer, mais sans plus.

Et finalement, non ils ne se recyclent pas!

  • Les papiers et cartons souillés par le gras (ex : boîtes de pizzas)
  • Le papier ciré (ex: contenants de crème glacée)
  • Le papier métallique (ex: papier d’emballage cadeau)
  • Les sacs de céréales ou de croustilles (métalliques ou cirés)
  • Les tubes de dentifrice
  • Les emballages de collations, de chocolats et de barres tendres
  • Les bouchons de liège (pas dans le bac en tout cas… j’en reparlerai!)

Encore des doutes? Va jeter un coup d’oeil ici ou ici ou ici pour Montréal.

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Mentionnons maintenant la place que doit occuper le recyclage dans une démarche zéro déchet. Être zéro déchet ne veut pas dire se débarrasser de sa poubelle et remplir son recyclage. J’entends souvent les gens dire qu’ils sont écolos parce qu’ils recyclent tout. Oui, recycler est mieux que de jeter, mais ce n’est pas l’option la plus écologique. Lorsqu’on recycle, les ressources ont déjà été puisées, de l’énergie a déjà été dépensée pour créer le contenant et encore plus d’énergie sera dépensée pour le recycler. Il faut vraiment éviter de se rendre jusqu’à devoir recycler. Les vrais puristes du zéro déchet n’ont en fait qu’un petit bac de recyclage chez eux dans lequel ils placent les contenants qu’ils ont dû acheter alors qu’ils n’avaient vraiment pas le choix.

Finalement, saviez-vous que le plastique n’est souvent pas vraiment recyclé, mais bien décyclé ? J’en reparlerai dans un prochain article, mais en gros le décyclage est un procédé qui consiste à transformer un produit en un nouveau produit de qualité moindre. Il y a plusieurs qualités de plastique, et les objets en plastique qu’on utilise et consomme au quotidien sont souvent considérés comme des plastiques purs de première qualité. Ces derniers, une fois au centre de tri, sont mélangés et refondus ensemble en plastique de seconde qualité qui sera utilisé pour faire des bancs de parc, des bacs bruns, etc. Éventuellement, la qualité du plastique est tellement dégradée et le plastique tellement mélangé qu’on ne peut plus rien créer avec et on doit le jeter. Alors en fait, tout ce qu’on achète en plastique finira inévitablement au dépotoir, contrairement au verre et à l’aluminium qui se recyclent techniquement indéfiniment. Pour toutes ces bonnes raisons, si je veux être vraiment zéro déchet, je dois éviter d’avoir recours au recyclage le plus possible. Et un jour, j’aurai moi aussi un tout petit bac de récupération.

Bonne journée!